Formation CSE à distance. « Nous accélérons la digitalisation de nos formations » F. Renault, Syndex

En raison de la pandémie, se former à distance grâce aux outils en ligne est devenu une nécessité vitale afin de continuer à acquérir des compétences : selon une enquête du forum des acteurs de la formation digitale, près de 23 % des acteurs de la formation (organismes, CFA, établissements scolaires ou universitaires, entreprises) se sont mis à employer la formation en ligne depuis la crise de la Covid-19.

Cependant, un tel changement dans les pratiques ne s’improvise pas : mettre en place de simples visio-conférences ne suffit pas. Selon la définition retenue par les pouvoirs publics, la formation ouverte et à distance « est un dispositif souple de formation organisé en fonction de besoins individuels ou collectifs. Elle comporte des apprentissages individualisés et l’accès à des ressources et compétences locales ou à distance ».

 

Formation CSE à distance : un vrai défi à relever

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Frédérick Renault, responsable de la formation des élus du personnel chez Syndex. Crédit photo : Julien Baillargeon.

A distance, maintenir l’attention des stagiaires et s’assurer de l’assimilation des contenus de formation constitue un défi d’autant plus majeur. Pour éviter l’écueil du décrochage des apprenants, divers outils numériques sont mobilisés dans le but de fluidifier les échanges : classes virtuelles, outils de partage de fichiers et de messagerie, présentation de contenus en e-learning, vidéos…. Un sujet porteur sur lequel les innovations techniques et pédagogiques ne manquent pas.

Les formations destinées aux élus du personnel n’échappent pas à cette tendance. Face à l’urgence, Syndex, expert auprès des CSE, a développé ses formations en ligne comme nous l’explique Frédérick Renault, responsable de la formation des représentants du personnel au sein du cabinet d’expertise.

 

 

Quel a été l’impact du confinement sur votre activité de formation ?

Syndex forme habituellement en intra-entreprise et en présentiel, car il est important pour les représentants du personnel d’échanger leurs points de vue en vis-à-vis. Avec le premier, puis le deuxième confinements, tout a donc été stoppé par souci de prévention, afin d’éviter d’exposer nos formateurs et nos stagiaires au risque de contamination. Mais si des clients insistent pour une formation en présentiel, nous fixons des conditions sanitaires drastiques, sans lesquelles nous reportons la session.

Dans un tel contexte, on voit que le digital devient un enjeu critique. Nous avons donc décidé d’accélérer notre projet de digitalisation de nos formations, déjà en cours de réflexion. Nos formations à distance vont participer à l’élargissement de notre offre.

 

Comment votre offre a-t-elle été adaptée ?

Depuis le mois de mai, nous transformons nos modules classiques en formats à distance. On répond à la demande de certains clients qui veulent absolument suivre leurs formations d’ici à la fin de l’année, ce qui nous amène à développer à présent des formations en inter-entreprises. Nous avons déjà traduit 80 % de notre catalogue classique en distanciel. Nous avons aussi de nouveaux projets : des modules consacrés à la RSE, au télétravail… 

 

 

Quels outils avez-vous mobilisés pour mettre en place une offre de formation CSE à distance ?

Nous utilisons divers outils digitaux. Les stagiaires naviguent sur la plateforme 360learning, que nous utilisions déjà en interne. Nous concevons nos contenus d’e-learning avec l’outil Storyline. On peut tout faire : créer des pages interactives où l’on intègre des vidéos, des documents à télécharger, des consignes… On utilise aussi l’application Zoom pour les temps d’échange en visioconférence avec les élus.

 

Notre formation consiste en effet en une alternance de temps de e-learning, de travaux personnels ou collectifs ainsi que de temps d’échange en ligne :

  • soit ces séquences sont organisées successivement sur une journée ou une demi-journée,
  • soit on met à la disposition des stagiaires-représentants du personnel les outils et contenus pour qu’ils gèrent eux-mêmes leur emploi du temps.

Ensuite, on se donne rendez-vous en visio. Les préférences de modalités varient selon les catégories d’élus.

 

 

Que change la formation à distance ?

En présentiel, le formateur tient son groupe, il voit les gens réagir. A distance, il n’est plus possible de faire bouger les gens, de leur faire coller des post-it au tableau. D’où le besoin d’outils interactifs qui stimulent l’attention de la personne en formation. Dans un environnement numérique, ce n’est plus le formateur qui est au centre, mais le stagiaire. Heureusement, il existe des outils pour pallier cette distance comme des tableaux blancs numériques, ou l’application Kahoot [plateforme d’apprentissage ludique] qu’on utilise aussi à distance.

Il faut relever que la formation à distance a certains avantages : il n’y a plus besoin de réexpliquer certains basiques ou apports théoriques, abordés dans le module en e-learning qui intervient en amont. De fait, l’intervention du formateur va se concentrer sur l’animation de la session et la distribution de la parole. Il est là pour consolider les connaissances et pour vérifier que les objectifs sont bien atteints.

En un sens, le distanciel peut être plus exigeant pour les stagiaires : avec l’e-learning, vous êtes obligé d’aller sur les outils, de faire quelque chose. Si le stagiaire est inactif, on va le relancer.

 

 

Quel est déroulement-type d’une formation CSE à distance ?

 

formation CSE a distance

Une formation CSE à distance -type, se déroule avec une alternance de moment en modules e-learning et de moments partagés par tous les participants. Photo : Unsplash.

Prenons l’exemple d’une séquence d’une demi-journée de la formation « Prérogatives et fonctionnement du CSE » d’une durée totale de deux jours. A distance, elle sera organisée en 4 demi-journées successives ou bien répartie sur plus de deux jours.

 

1.      « Lors du lancement de la matinée, on explique la prise en main des outils, la manière de se servir de l’application Zoom ainsi que de la plateforme de e-learning », explique Frédérick Renault.

2.      Les stagiaires sont alors invités à suivre les modules en e-learning (« le CSE, interlocuteur économique et social » et « le CSE, interlocuteur en santé sécurité et conditions de travail »), avec des petits exercices d’autoévaluation, via du glisser-déposer ou des quiz.

3.      Les stagiaires reviennent ensuite une visioconférence pour débriefer sur ce qu’ils ont vu et appris au cours de ces modules.

4.      Suit l’étape de la mise en application de ces apports théoriques, à travers des travaux en sous-groupes qui peuvent par exemple consister à analyser des avis de CSE. Les stagiaires communiquent entre eux à distance dans leur propre « salle »  virtuelle de visio-conférence.

5.      Ils font ensuite leur compte-rendu de manière orale ou écrite. « S’ils ont mis leur travail dans un document Word ou un Powerpoint, ils peuvent le partager », ajoute Frédérick Renault.

6.      La séquence se clôt en un temps conclusif en visio-conférence.

 

 

Quelle évaluation est prévue par rapport à l’évaluation faite en présentiel ?

 

Lors des séquences en e-learning, le stagiaire est invité à répondre à des quiz qui lui permettent d’évaluer sa compréhension du sujet en fonction des réponses qui étaient attendues. Par ailleurs, on lance des sondages anonymes en fin de séquence afin de vérifier que les points essentiels sont bien acquis. Cela nous permet d’avoir du feed-back et de rectifier le tir en cas de besoin.

 

Ces outils permettent de progresser, ils ne servent pas à une évaluation de notre côté. En fin de session, on demande aux stagiaires de s’auto-positionner, objectif par objectif. Cela fait partie de l’attestation de formation qu’on leur remet en conclusion de formation. On ne leur donne pas de certificat.

 

 

Quels sont vos conseils pour bien suivre les formations à distance ?

La base, c’est d’avoir un vrai poste de travail avec un ordinateur, une bonne connexion internet, un casque et un micro. Il faut s’isoler du bruit, du téléphone et des mails.

On conseille aussi de tester les outils et les accès avant la session. On envoie des invitations sur 360learning au moins une semaine à l’avance pour voir si les gens arrivent bien à accéder à la plateforme, puis on ouvre les réunions Zoom quelques minutes avant le début de la formation. Enfin, il est recommandé de bien lire le support de cours où l’on décrit les séquences qui vont suivre.

 

 

Quelles sont les réactions des stagiaires face à ces nouvelles modalités de formation ?

Les premières réactions sont plutôt bonnes. Les élus du personnel trouvent que nos contenus sont bien faits. Nous pensons que ce modèle est puissant en termes d’efficacité pédagogique, même si on pourrait être amené à l’ajuster avec l’expérience.

 

 

Le coût d’une formation à distance est-il plus élevé qu’une formation en présentiel ? 

Non, c’est le même prix qu’en présentiel. Nous n’avons pas changé la tarification car nous vendons la même prestation de formation.

 

 

Quel intérêt, pour les élus CSE, de développer ces formations en inter-entreprises ?

La formation en ligne permet de réunir des personnes dispersées sur le territoire, ce qui facilite le développement de formations en inter-entreprises. Par ces nouveaux moyens de formation, nous nous adresserons à des gens qui ne nous connaissent pas en tant qu’organisme de formation. Par ailleurs cela permet à des élus d’accéder à notre offre quand la taille de leur équipe est insuffisante pour déclencher une formation en intra-entreprise.

Se former en inter-entreprises est intéressant car on confronte sa pratique avec des élus issus d’autres entreprises. Cela permet de s’inspirer d’autres expériences. Dans nos formations à distance, nous conservons un espace pour les échanges. En inter-CSE, ce temps de partage est mis à profit via les travaux en sous-groupe (on y échange avec des élus d’autres entreprises) et via les restitutions et les mises en partage en séance « plénière » en visio.

 

Propos recueillis par Catherine Abou El Khair